Appel à article ouvrage collectif

Appel à articles pour la production d’un Ouvrage collectif

Diasporas scientifiques et techniques maghrébines, diffusion de connaissances et technologies vers leurs pays d’origine et développement

Sous la direction de : Rédha Younes Bouacida, Maitre de Conférences, HDR en sciences économiques, FSECG, Université de Skikda, Algérieet RRI, France; Maaninou Amal, Professeur en sciences économiques, FSJES, Université Mohammed V Rabat, Maroc et Souhaila Kammoun, Enseignant-chercheur en sciences économiques, IHEC, CODECI, Université de Sfax, Tunisie.

La fuite des cerveaux ou l’exode de compétences des pays du Sud vers les pays du Nord (Brain Drain) est liée à des conditions politiques ou économiques, et/ou à l’ambition scientifique. Cette mobilité internationale est un phénomène ancien qui caractérise les chercheurs (Waast, 2003). « Elle resterait banale, si le mouvement scientifique ne l’amplifiait aujourd’hui, et si la globalisation ne l’orientait de façon inédite » (Ibid, p.2). Ce phénomène migratoire qui a nettement augmenté à cause de la mondialisation et des changements techniques (Prévélakis, 1996), est souvent connoté de façon négative (Meyer, 2004b). En effet, il peut affaiblir le stock de connaissances technologiques disponibles dans les pays du Sud via l’épuisement direct lié à la fuite de scientifiques et chercheurs (Rapoport, 2017). Cependant, le Brain drain ne serait plus à déplorer comme un « drainage des cerveaux » du Sud et une déperdition de leurs compétences qui sont indispensables à leur développement (Barré et al, 2003). Mais il est désormais considéré comme une opportunité de circulation et de diffusion des connaissances et d’accès aux nouvelles technologies des pays avancés pour favoriser le processus de rattrapage technologique.

À partir des années 1990, des diasporas scientifiques et techniques (DST) ou réseaux de diasporas ont commencé à voir le jour. Ces groupes constitués de compétences hautement qualifiées ont commencé à œuvrer au développement de leurs pays d’origine, en particulier dans les domaines scientifiques, techniques et de l’enseignement supérieur (échange d’informations avec des scientifiques, transfert de technologies, collaboration avec des laboratoires de recherche, etc.). Les réseaux d’expatriés asiatiques en Amérique du Nord sont les plus nombreux et les plus consistants (Meyer, 2004a). Cet auteur explique que certains pays émergents d’Asie ont mis en place des réformes institutionnelles et des politiques incitatives et volontaristes en faveur du développement des capacités d’innovation, en mobilisant notamment leurs diasporas qui constituent un potentiel de capital humain important, afin de stimuler la croissance économique. La Chine et l’Inde sont devenues des pionnières dans ce domaine (Ibid). Disposant d’une diaspora importante dans les pays développés, ces deux pays se distinguent tant par le rôle de l’État par rapport à ces diasporas que par les comportements en retour des émigrés vers leur pays d’origine (Sanjuan, 2012). «Les communautés académiques nationales, homologues et partenaires des diasporas scientifiques et technologiques, sont importantes, compétentes, actives et ouvertes surl’extérieur. Les gouvernements centraux et locaux soutiennent ouvertement les initiatives en provenance de et envers la diaspora. De plus, c’est apparemment lorsqu’elle est combinée avec des flux de retour que la circulation via la diaspora porte tous ses fruits. Enfin, cette dynamique est indissociable de la croissance économique générale et de l’I.D.E, porteur de technologie incorporée, de normes organisationnelles et autres » (Meyer, 2004a, p.73). Cet auteur explique qu’en Inde, des filiales de multinationales et des joint-ventures ont été réalisées grâce aux DST dans des domaines à forte intensité technologique (informatiques, biotechnologies, etc.). Il cite également l’exemple de la Chine, où des instances académiques et des compétences expatriées ont créé dès les années 1980 l’ « Association of Chinese Biologists in America ». Cette dernière a travaillé en collaboration avec les institutions locales pour promouvoir le transfert de savoirs et de compétences dans le domaine des biotechnologies (Ibid).

Le premier rapport en 2012 de l’Organisation Internationale du Travail (OIT) et le Centre de Recherche en Economie Appliquée pour le Développement en Algérie (CREAD) a révélé que les pays du Maghreb (Algérie, Tunisie et Maroc) contribuent dans les migrations internationales à hauteur de 5,5 millions de personnes. Ce rapport a souligné que les expatriés maghrébins représentent environ 5 % de la population totale de ces trois pays, ce qui est nettement au-dessus du taux moyen mondial estimé à 3,2%. La fuite des cerveaux est devenue une véritable problématique ces dernières décennies dans ces pays. Selon le CREAD, le taux moyen des maghrébins ayant un niveau supérieur qui vivent dans les pays de l’OCDE est passé de 9,2% en 1990 à 22,3% en 2010. En 2012, 100 000 étudiants maghrébins ont obtenu un diplôme universitaire étranger et plus de 853 000 diplômés dans le cycle supérieur au sein de leurs pays d’origine vivaient dans les pays de l'OCDE (CREAD, 2012). Le volume des migrants ayant un niveau supérieur représente un taux de croissance de 46% par rapport à l’année 2000 (Ibid). Le Maroc occupe la première place au niveau du Maghreb avec 46% des migrants, ensuite l’Algérie avec 37% et enfin la Tunisie avec 12% (Ibid). Ce sont principalement des médecins, des ingénieurs, des scientifiques et des titulaires d'un master qui quittent leurs pays. Le chômage est le principal motif qui pousse à la migration vers les pays du Nord.

La question des diasporas est l’une des plus controversées dans les pays du Maghreb. « Le problème majeur que les DST rencontrent dans leurs relations d’extériorité avec leurs pays d’origine, est de construire un partenariat fiable et opératoire, tant il y a un maillage serré de réseaux qui empêchent tout déploiement de nouvelles initiatives en dehors du préexistant relationnel » (Sall, 2003, p. 7). Dans ces pays où les élites dirigeantes n’ont pas atteint la modernité politique et où la société n’est pas consciente des enjeux des savoirs pour le

développement, les compétences expatriées sont souvent marginalisées car elles sont considérées comme des adversaires et non pas comme des partenaires (Khaled, 2012). Aussi, le déclassement professionnel des diasporas maghrébines dans leurs pays d’origine et l’absence de soutien de la part des autorités locales freinent les tentatives de retour (Brain Gain). Pourtant, pour ces pays, les DST constituent un gisement de richesse en matière de connaissances (notamment tacites) et de technologies étrangères qui, si les conditions s’y prêtent, peuvent être mis à contribution pour favoriser la construction de capacités scientifiques et techniques (Meyer, 2004a). Plus encore, la perte de compétences peut être perçue comme une menace majeure pour le développement de la capacité d’innovation au sein de ces pays. Cela ne peut rester sans conséquence vis-à-vis de l’action publique : « Il faut passer des « stocks » aux « flux » et lier la question de la diaspora à la problématique de la valorisation des compétences nationales d’une manière générale » (Djeflat, 2012, p. 2). Dans cette perspective, la participation des DST à des programmes visant le renforcement des capacités de recherche des universités, la promotion de l'entrepreneuriat et l’implication des personnes hautement qualifiées dans la création de nouvelles entreprises dans les industries à forte intensité de connaissances, constituent autant de solutions prometteuses au développement et à l’amélioration des capacités d'innovation et d’apprentissage des pays du Maghreb. Dans cette lignée, ces pays pourraient tirer des enseignements des nouvelles approches d’innovation comme l’innovation inclusive, l’innovation frugale et l’innovation inversée ; ces nouveaux modèles d’innovation seraient un tremplin pour mettre en avant l’esprit d’entreprendre et recombiner des innovations en tirant profit des TIC.

L’objectif de cet ouvrage est de proposer et discuter des politiques qui contribuent à la construction d’un partenariat entre les DST maghrébines et leurs pays d’origine afin de promouvoir le transfert de connaissances, de savoir-faire et de technologies dans le but de promouvoir la croissance et le développement. Comment les Autorité maghrébines peuvent- elles favoriser le retour de leurs DST et/ou leur mobilité active afin que les compétences expatriées puissent enrichir le potentiel interne et impulser une dynamique de transition vers une économie du savoir et de l’innovation ?

Les contributions peuvent être de portée théorique ou empirique. Elles pourront s’inscrire à l’intérieur d’un vaste domaine qui va de la présentation d’un état des lieux du volume des diasporas scientifiques et techniques maghrébines, en passant par les difficultés à définir les stratégies pour contenir le phénomène diasporique; jusqu’aux politiques publiques à mettre en place pour favoriser le retour des compétences expatriées et/ou leur coopération scientifique et technologique dans le but de favoriser le processus de rattrapage technologique. Elles peuvent s’inscrire dans l’un des thèmes suivants, dont la liste n’est pas exhaustive :

- Compétences scientifiques et techniques expatriées et enrichissement du potentiel interne des pays maghrébins.

- Population scientifique maghrébine expatriée, externalisation de la R&D et développement des capacités d’apprentissage et d’innovation dans les pays du Maghreb.
- DST maghrébines et promotion des innovations frugales et inversées.
- Géographie des différents réseaux des DST maghrébines.

Références

BARRE R., HERNANDEZ V., MEYER J.-B. et VINCK D., (2003). Diasporas scientifiques/ Scientific Diasporas, Paris, IRD Éditions.
CREAD, (2012). De la fuite des cerveaux à la mobilité des compétences ? Une vision du Maghreb, in http://www.cread.dz.

DJEFLAT, A., (2012). Les compétences algériennes à l’étranger, Revue Hommes & Migrations, n° 1300, 36–50.
KHALED, K., (2012). Les retours de l’intelligentsia diasporique algérienne, Revue Hommes et migrations, n° 1300, 28-35.

- Politiques publiques maghrébines destinées à la récupération des DST au service du développement de l’économie de la connaissance.

- Réseaux de DST maghrébines, mondialisation et transfert de connaissances vers les pays du Maghreb.

- Entreprenariat des DST maghrébines dans leurs pays d’origine.

- Les expériences de brain gain réussies en Asie.

- DST maghrébines, technologies de l’information et de la communication et diffusion des connaissances et des technologies dans les pays du Maghreb.

MEYER, J.B., (2004a). Les savoirs de la connaissance : Atout inédit de la compétitivité du Sud, Revue internationale stratégique, n°55, 3, 69-76.
MEYER, J.B., (2004b). Savoirs, diasporas et identités projectives, Hermès, La revue, n° 40, 350-354.

PREVELAKIS, G., (1996). Les Réseaux des diasporas/The Networks of Diaspora, KYKEM/L’ Harmattan, Paris, 444 p.

SANJUAN, T., (2012). Les diasporas chinoises et indiennes, discours devant l’Académie des sciences morales et politiques réunis en séance, France, in http://www.canalacademie.com/ida9704-Les-diasporas-chinoises-et-indiennes.html.

Calendrier :

Remise des propositions d’articles : 31 Mai 2021
Réponse des éditeurs : 30 Juin 2021
Remise des textes définitifs : 15 Août 2021
Envoi de l’ouvrage à une maison d’édition pour publication : 30 Septembre 2021

Consignes aux auteurs :

SALL, B., (2003)., Formation des diasporas africaines en Europe et relations problématiques avec les pays d’origine, Chapitre 7, in Rémi Barré, Valeria Hernández, Jean-Baptiste Meyer et al. (dir.), Diasporas scientifiques, IRD Éditions.

RAPOPORT, H., (2017). Migration et développement : les externalités de la diaspora, Revue d'économie du développement, Vol. 25, 31-61.

Waats, R., (2004). Diasporas en contexte, in Diasporas scientifiques, Rémi Barré, Valeria Hernández, Jean-Baptiste Meyer et Dominique Vinck (dir.), IRD Éditions, Chapitre 2, 1-14.

page4image1417875616

L’article doit être original et ne doit pas avoir été publié auparavant dans un ouvrage, ni être soumis pour publication au sein d’une revue. La longueur du papier entre 6000 et 8000 mots, incluant les notes de bas de page, les tableaux, les figures et la bibliographie. Les sources bibliographiques sont signalées entre parenthèse dans l’article, avec le nom de l’auteur et l’année de publication (auteur, année). Le titre de l’article en français et en anglais. Les sections principales et les sous-sections sont numérotées sous la forme décimale (1, 1.1, 1.1.1, etc.). Titre de l’article, titres et sous-titres en majuscule gras. Doivent figurer les noms, prénoms, institutions de rattachement et adresses mail des auteurs. 5 à 7 mots clés en français et en anglais. Les codes JEL de l’article. Un résumé de 200 mots en français et un résumé de 200 mots en anglais. Style times news 12, marges 2,5 cm de chaque coté.

Publication :

Les contributions acceptées seront publiées dans un ouvrage collectif en France ou en Algérie.

Contacts :

r.younes_bouacida@univ-skikda.dz 

amardjemai@hotmail.com

souhaila.kammoun@yahoo.fr