Apel à contribution pour un ouvrage

 

Réseau MAGHTECH (Maghreb Technologie)

           Equipe DIM Maghtech

           Clersé UMR 8019 CNRS

Appel à articles pour la production d’un Ouvrage

Économie de la connaissance et développement économique : Quelles stratégies pour les pays en développement ?

 

Sous la direction de : Rédha Younes Bouacida (Maitre de Conférences, HDR en sciences économiques, ECOFIMA, Université de Skikda, Algérie et Université de Lille 1, Equipe Maghtech-DIM, Clersé UMR 8019 du CNRS), Abdelkader Djeflat (Professeur d’économie, Equipe Maghtech, Clersé UMR 8019 du CNRS) et Bernard Haudeville (Professeur émérite, Aix Marseille Université).

 

Dans les pays les plus avancés dans le domaine scientifique et technique, les activités de Recherche et Développement (R&D) ont des rendements privés et sociaux élevés (en moyenne), souvent supérieurs aux rendements des investissements matériels (Haudeville, 2012). La production, l’utilisation et le renouvèlement des connaissances jouent un rôle principal à travers les processus d’apprentissage, et on observe une forte capacité à innover et à s’adapter aux changements technologiques. Cependant, la situation est plus complexe dans les pays en développement (PED). Ces derniers se caractérisent généralement par la faiblesse des activités de production de connaissances ayant une valeur économique, appréhendée par un très bas niveau de production de brevets et qui résulte en partie de la faiblesse des dépenses de R&D mais aussi de leur orientation. En effet, dans les PED, les compétences acquises de la main d’œuvre sont faibles, les processus et les formes d’apprentissage sont faibles, la production et l’absorption des connaissances sont limitées, la capacité à maitriser les savoirs et le développement des processus d’innovation constituent l’exception. Ainsi, les faibles performances économiques des PED témoignent du très bas niveau de leurs capacités scientifiques et techniques et en même temps ces capacités contribuent peu à leur développement. In fine, ces pays éprouvent toujours des difficultés à transformer leur modèle économique en le rapprochant du modèle fondé sur la connaissance (Dahlman 2003). De ce fait la créativité et l’énergie des populations trouvent difficilement à s’exprimer. L’exemple des pays du Maghreb illustre parfaitement cette situation (Djeflat, 2016 ; 2006).

 

Ainsi, l’économie de la connaissance est désormais considérée comme un facteur de croissance et de développement économique. C’est un nouveau régime de croissance et de création de richesse basé sur le capitalisme cognitif (Bouchez, 2014). Déja, dans un rapport de l’OCDE, Foray et Lundvall (1996) avaient souligné la forte corrélation entre la croissance et les secteurs qui produisent de la connaissance. De fait, la capacité concurrentielle de l’économie met en avant, dans un processus de nature dynamique, le développement de compétences humaines, la production, la diffusion et l’utilisation de la connaissance et de l’information, la capacité à maitriser les savoirs et savoir-faire et la valorisation de connaissances nouvelles dans un processus continu d’innovation. Au final, l’adaptation d’une économie à la concurrence mondiale met au premier plan ses capacités  dans le domaine de l’économie de la connaissance (OCDE, 1996, Guilhon 2012). Ainsi, les concepts de la connaissance codifiée et tacite, les processus d’apprentissage, les externalités de savoirs, l’accumulation des connaissances et la création d’activités intensives en connaissances sont dictés par les impératifs de l’innovation (Foray, 2009). 

L’innovation, sa genèse et son rôle dans la croissance à travers ses différents impacts à la fois par la création de nouveaux marchés et par les gains de compétitivité qu’elle permet, a fait l’objet d’une abondante littérature depuis maintenant plusieurs décennies. C’est même devenu un thème majeur de la recherche en économie et en gestion ainsi que dans d’autres disciplines connexes. Toutefois l’essentiel de ces travaux porte sur la situation des pays développés pour ne pas dire sur la situation des pays les plus avancés. La construction des principaux concepts utilisés, les instruments de mesure ainsi que les modèles visant à rendre compte de l’innovation et de l’avancée des connaissances et de leur impact sur l’économie sont fortement marqués par la situation des pays avancés. La séparation de l’idée et de sa réalisation, de la conception et de la pratique, les définitions du Manuel de Frascati (OCDE, 2015) ou celles du Manuel d’Oslo (OCDE 2018), les modèles technology pushed ou d’innovation chain linked sont difficilement transposables, en l’état, dans les pays en développement.

 

Comparativement, peu d’attention a, de fait,été portée au contexte des économies en développement et on peut considérer les relations entre système d’innovation et développement comme un domaine de recherche interdisciplinaire entièrement nouveau (Lunvall et al, 2009). Or les enjeux ne sont pas moins importants pour ces économies, comme cela peut être illustré par la trajectoire de pays aujourd’hui « émergés » partis de niveaux de pauvreté effrayants (cf G. Myrdal et le drame de l’Asie, 1968) et presque totalement dépourvus de ressources naturelles.

 

Par rapport à cette problématique, au plan des méthodes, deux approches sont possibles et assez largement complémentaires. La première, de caractère plutôt descriptif commence par lister un certain nombre de conditions et de variables décrivant la production, la transmission et l’utilisation des connaissances (voir a titre d’exemple le travail de Chih Kai Chen, 2008). Elle met en avant notamment le Système National d’Innovation (SNI) au sens large , la capacité d’absorption de l’économie, les diasporas scientifiques et techniques, l’insertion dans les chaines de valeur mondiales, la bonne gouvernance et la transparence de l’action publique, sans lien évident entre eux mais dont les effets combinés créent le développement. Les stratégies d’entreprises, firmes multinationales, filiales implantées dans les PED, firmes locales apportent une lecture plus gestionnaire, mais tout aussi riche d’explications. Cette façon d’aborder les questions peut aussi être considérée comme une première étape indispensable. La seconde approche privilégie l’aspect systémique qui est traduit dans des modèles. Elle identifie quatre variables (Dahman 2005 , Auber 2005): innovation, éducation, Technologies de l’Information et de la Communication (TIC) et institutions, dans une vision systémique et interactive où l’apprentissage occupe une place importante.

 

Au plan micro-économique, ces boulversements ne vont pas sans affecter l’entreprise, son mode de fonctionnement et son organisation.  La compétitivité des entreprises dépendra pour une large partie de cette capacité à mobiliser la connaissance qui est devenue un actif immatériel, à créer constamment de nouveaux savoirs, à les diffuser largement dans leurs structures permettant l’accumulation du capital intellectuel des travailleurs devenus des knowledge workers (Bouchez 2004) et de créer un avantage concurrentiel basé sur son intelligence collective (Housel 2001 ; Buch 2003 ; Nonaka 2006). Les modèles anciens de gestion des ressources matérielles et humaines sont bousculés. Le knowledge management destinés à créer un flux optimal de connaissances (Amidon, 2001) introduit de nouveaux concepts dans la gestion des connaissances : entreprise apprenante (Senge 1990 ; Tremblay et al. 2003), capitalisation et codification des connaissance (Amidon et al. 2005) , capacité à absorber rapidement de nouvelles connaissances et à les socialiser ( Nonaka et Takeuchi 1997).     

                                         

L’objectif de l’ouvrage est de discuter des visions et des concepts à mobiliser pour une meilleure compréhension des processus mettant en relation la production, l’acquisition et la diffusion de connaissances avec les modalités de fonctionnement et les performances économiques, à la fois les performances des entreprises et les performances macroéconomiques en vue d’ une insertion accélérée des PED dans l’économie de la connaissance.

 

Une première étape serait de faire un état des lieux de l’activité scientifique et technique et de l’innovation dans les PED. Les choses changent et certains pays, autrefois loin des frontières des connaissances réalisent des progrès rapides. On pense naturellement à la Chine et à l’Inde, mais d’autres pays se distinguent également par un investissement croissant dans la recherche, l’acquisition et la diffusion de technologies. A l’analyse, il ressort que ces pays suivent ou ont suivi des stratégies identifiables, comme autrefois la Corée du Sud (Chaponnière 1982, Kim 1980), des expériences qu’il serait intéressant d’explorer en détail.

 

Mais d’autres formes d’innovation ne faisant pas appel à de nouvelles connaissances, et s’adressant à des couches plus pauvres de la population et possédant un fort potentiel de diffusion sont de plus en plus reconnues (Radjou et al 2013). De même, l’innovation dans les secteurs à moyenne et basse intensité technologique qui sont plus accessible car ne nécessitant que peu d’investissements en connaissances nouvelles, rencontre, au Nord comme au Sud, un intérêt accru (Haudeville et Le Bas, 2016. Von Tunzelmann et Acha 2005).

 

A partir de ces constats, il est possible d’associer certaines variables comme la présence d’un réseau de laboratoires d’essais ou de centres de diffusion technologique ou certains groupes de variables comme des filiales de multinationales ayant une activité de R&D et des centres de recherche universitaire reconnus à des types de performance dans le domaine scientifique et technique. Identifier ces éléments et les stratégies qu’ils permettent peut éclairer les choix publics.

 

En arrière-plan se trouve la question des politiques scientifiques et techniques entendues au sens large comme l’ensemble des décisions publiques qui ont une influence sur tous les aspects de la construction de compétences dans les activités socio-économiques liées à l’innovation (Lundvall, 2002).

 

Les contributions pourront s’inscrire à l’intérieur d’un vaste domaine qui va des mesures et des définitions jusqu’aux politiques publiques en passant par les modèles d’innovation, les stratégies d’acteurs, l’évaluation des résultats des activités de connaissance, dans l’un des thèmes suivants, dont la liste n’est pas exhaustive :

 

1- Situation des différentes régions dans l’économie de la connaissance.

2- Construction de capacités d’innovation au sein des systèmes nationaux d’innovation, capacité d’apprentissage et organisation interne des entreprises.

3- Géographie des différents systèmes de brevets.

4-Rôle des droits de propriété intellectuelle et problèmes liés à l’extension et au renforcement  des DPI, stratégies de contournement, impact des DPI sur les transferts de connaissances.

5-Construction de capacités technologiques et insertion dans les chaines de valeur mondiales, rôle des FMN et de leurs filiales, problèmes liés à la gouvernance des chaines de valeur.

6- Entreprise apprenante, absorption des savoirs externes et stratégies d’imitation adaptative, organisation apprenante, gestion des flux de connaissance dans l’entreprise.

7-Processus d’apprentissage organisationnels contrôlés par les firmes (liés à la R&D et aux apprentissage D.U.I) et processus d’apprentissage individuels (éducation et formation) qui concernent le capital humain. 

8- knowledge management, knowledge workers et problématique de la codification des savoirs.

9- Systèmes locaux de production et d’innovation, place des clusters dans les PED, politiques locales de création de pôles d’innovation.

10-TIC, développement de compétences en numérique et usage de connaissances en TIC, création de nouveaux secteurs et de nouveaux marchés autour des TIC.

11- Bonne gouvernance et qualité des institutions en faveur de l’application des politiques scientifiques et technologiques sur le terrain.

12- Diasporas scientifiques et techniques et processus de transfert des connaissances et des technologies.

13- Innovation frugale, grass root, jugaad, etc.

14- Concepts et instruments de mesure de l’activité d’innovation dans le contexte des PED.

 

Références

 

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Chaponniére J. R. (1982) : La République de Corée : un nouveau pays industriel, Notes et Etudes Documentaires.

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Calendrier  :

 

Remise des propositions comportant un résumé et une bibliographie : 15 Janvier 2020

Réponse des éditeurs : 15 Février 2020

Remise des textes définitifs : 30 Avril 2020

 

Les articles proposés entre 6000 et  8000 mots, incluant les notes de bas de page, les tableaux, les figures et la bibliographie.
Le titre de l’article en français et en anglais.  Doivent figurer les noms, prénoms, institutions de rattachement et adresses mail des auteurs. 5 à 7 mots clés en français et en anglais. Les codes JEL de l’article. Un résumé de 200 mots en français et un résumé de 200 mots en anglais. Style times news 12. Titre de l’article, titres et sous-titres majuscule gras.

 

Contacts :

 

Rédha Younes Bouacida : redha.younes.bouacida@gmail.com

 

Abdelkader Djeflat: adjeflat@gmail.com

 

Bernard Haudeville : Bernard.haudeville@gmail.com